l’élégance nonchalante ou Spain et The Soul of Spain

Au nom du père, ou de ce qu’il aura fallu faire comme compromis(ssions) pour s’affranchir de la figure jazz légendaire : œuvrer dans la perfection feutrée et l’expertise technique plutôt que dans le free jazz engagé (pour faire bref), après avoir contesté[1] et tâté du punk dans la jeunesse. Spain, Josh Haden, ses sœurs (Petra, Rachel et Tanya, rockstars de l’ombre…), ses trois albums d’il y a longtemps (dont le brillant The Blue Moods of Spain de 1995) et les onze années qu’on aura patienté avant d’entendre The Soul of Spain dans son intégralité.

Le line-up entièrement renouvelé, mais l’âme intacte : du soul blues lancinant, expert et sûr de lui, qui semble parfois ne pas vouloir trop se fatiguer mais prend au coeur souvent par fulgurances. The Soul of Spain tend le flanc aux critiques mais possède les parades : paroles ordinaires/justes, solos aseptisés/divertissants, voix banale/touchante quand elle se lâche, des faiblesses rédhibitoires/des fragilités émouvantes…

Comme si cette nonchalance, érigée en étendard, devait être sacralisée, inamovible, inattaquable (l’initial et précieux « Only One », le religieux « All I Can Give », le quiet « Falling »). Et quand Spain veut mettre les amplis dans le rouge et ériger des murs de guitares, avec les rageurs « Because Your Love » et « Miracle Man », on y voit plutôt du orange un chouïa vif et des murs bâtis au cordeau, sans trop d’aspérités…

On n’ôtera pas les cravates, on ne déchirera pas les costumes, on ne brisera surtout pas les instruments, chez Spain, on tapera juste du pied pour marquer le rythme.

L’élégance de Spain, non ostentatoire, juste avérée et révérée. Un retour plaisant, sur la pointe des pieds. Chaussés de cuir luxueux, évidemment…

Rockoh