Spain (2), elle hantait ses rêves

Le mood, l'ambiance cotonneuse de Spain, collait bien à cette fin de siècle engourdie. Plus brutal sera ensuite le réveil. En 2001, cependant, Josh Haden & co. ne s'est pas mis d'un coup aux drones ou autre attaque sonique. La différence notable entre I Believe et son prédécesseur, c'est que les chansons baignent dans l'aube dorée d'une béatitude amoureuse que leur auteur ne songe pas une minute à cacher. Madone hamiltonienne à la une, statuette de la Vierge au dos. Et dedans, ode à Mary, à sa dentelle blanche. Plusieurs professions de foi sous des habits variés : You were meant to me, Born to love her, I believe (et une louche de plus : this love was meant to be…). Devant tel étalage de conviction, on rend les armes ou on baisse les bras. On est content pour lui. On entend bien que les guitares sonnent plus clair, comme les cloches, que le pas du promeneur s'est un peu accéléré, on voit même sur la photo qu'il a enlevé ses lunettes (pour des verres de contact ?). La solitude ? C'était il y a longtemps, Long time ago. Au siècle précédent. Surnage au bout du compte la mélodie d'intro, She Haunts My Dreams, repiquant son titre au précédent volume. Quand « elle » (she) n'est encore qu'un regard juste croisé, ou dans le couplet suivant une étreinte fugitive. Quand rien n'est encore joué, que la chanson peut vibrer de cette tension précaire, de cet équilibre instable. Alors She Haunts My Dreams peut vous hanter vous aussi, durablement. Vous y repensez quand il vous arrive la même chose. Après une longue léthargie, Spain a refait surface. En octobre 2012, Haden et son nouveau groupe enregistrent à Santa Monica quelques titres pour une émission de radio, Morning Becomes Eclectic. Le mini-album a paru chez Glitterhouse. On y retrouve She Haunts My Dreams. Le son est limpide, la voix impec. Il y a aussi Untitled #1, et je réalise que ce manifeste lent était mon plus ancien souvenir de Spain, celui que j'aurais dû rappeler en premier. Dans quel abîme avait-il glissé ? 

François Gorin